Napoleon Died in Solitude

By Mathilde Larrere

May 5, 2021

Since there is so much news about Napoleon these days [May 2021, 200 years since his death], my participation in the commemoration will be the account of the life of a woman who stood up against Napoleon’s restoration of slavery: Solitude.

The round belly of the last weeks of pregnancy, hands resting on the hips, the firm look, the statue of the “mulatto,” Solitude, stands proudly at the roundabout of the Cross in Abyss, Guadeloupe.

Solitude was born in Guadeloupe around 1772, the result of the rape of her mother, Bayangumay, by a white sailor on the boat that deported her to the West Indies. This happened according to the so-called “parity” when the commanders of the slave ships rewarded the drunken sailors with women just before arrival.

The little girl, named Rosalie, the child of a free man, was nevertheless enslaved, a provision that dated back to the Black Code of 1685.

For more than twenty years, she experienced heavy punishment, deprivation of liberty, oppression and sexual violence. But in 1793, slavery was abolished in Guadeloupe by the Commissioner of the Republic, as confirmed by a decree of February 4th, 1794. The lives of former slaves remained difficult, for lack of the slightest policy of aid, compensation and donations of land. Worse, forced labour practices were rapidly replacing slavery.

Rosalie then joined an ancient community of “maroons”, the slaves who had escaped from the plantations before abolition, with whom she lived for some time.

But in 1802, Napoleon Bonaparte restored slavery.

In Guadeloupe, the former slaves revolted at the call of Louis Delgrès: “To the whole universe, the last cry of innocence and despair” (May 10, 1802). Rosalie, who now called herself Solitude, was then a few months pregnant when she took up arms and joined the revolt. Many perished in the fighting.

Among the few survivors was Solitude. She was captured but not executed immediately, due to her pregnancy. Solitude gave birth on November 28, 1802 to a little boy who was born a slave.

Solitude was hanged the next day. Sources say the crowd was large and silent.

Women were particularly active during the 1802 revolts against Napoleon’s re-establishment of slavery: They were called “women who stood up,” and “women of courage.”

Solitude is the best known, but she was not the only one. We could also mention Heva, in Reunion, Claire in French Guiana, or Sanité Belair, Défilé or Claire Heureuse in Haiti, often overshadowed in the stories by their companions, but increasingly recognized.

Rather than think of Napoleon, I prefer to think of Solitude and all those whom Napoleon put back into the vile chains of the slavery he restored.

Par Mathilde Larrere

2021/05/05

Puisqu’on va nous rabattre les oreilles sur Napoléon aujourd’hui, ma participation à la commémoration sera le récit de la vie d’une “femme debout” contre le rétablissement de l’esclavage : Solitude.

Le ventre rond des dernières semaines de la grossesse, les mains posées sur les hanches, le regard ferme, la statue de la « mulâtresse » , Solitude est fièrement campée au carrefour giratoire de la Croix, Abymes, Guadeloupe.

Solitude naît en Guadeloupe aux environs de 1772, fruit du viol de sa mère, Bayangumay, par un marin blanc, sur le bateau qui la déporte aux Antilles. Ce qu’on appelait la “pariade”, quand les commandants des bateaux négriers livraient les femmes aux matelots ivres avant l’arrivée.

La petite fille, prénommée Rosalie, enfant d’un homme libre, n’en est pas moins esclavagisée, une disposition qui date du Code noir de 1685.

Pendant plus de vingt ans, elle connaît les lourdes punitions, la privation de liberté, l’oppression et les violences sexuelles. Mais en 1793, l’esclavage est aboli en Guadeloupe par le commissaire de la République, ce que confirme un décret du 4 février 1794. La vie des anciens esclaves reste difficile, faute de la moindre politique d’aide, d’indemnisation, de dons de terre. Pire, des pratiques de travail forcé se substituent rapidement à l’esclavage.

Rosalie rejoint alors une ancienne communauté de « marrons », ainsi que l’on nommait les esclaves qui s’étaient échappés des plantations avant l’abolition, avec lesquels elle vit quelque temps dans les mornes.

Mais en 1802, Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage.

En Guadeloupe, les anciens esclaves se révoltent à l’appel de Louis Delgrès : « À l’univers entier, le dernier cri de l’innocence et du désespoir » (10 mai 1802). Celle qui se fait désormais appeler Solitude, alors enceinte de quelques mois, rejoint, les armes à la main, la révolte. Nombreux périssent dans les combats.

Parmi les rares survivants, Solitude. Capturée, elle n’est pas exécutée immédiatement, en raison de sa grossesse. Solitude accouche le 28 novembre 1802, d’un petit garçon qui naît esclave.

Solitude est pendue le lendemain. Les sources disent que la foule était nombreuse, et silencieuse.

Les femmes ont été particulièrement actives lors des révoltes de 1802 contre le rétablissement de l’esclavage par Napoléon : les « femmes debout », les « femmes courages ».

Si Solitude est la plus connue, elle ne fut pas la seule. On pourrait aussi citer Heva, à la Réunion, Claire en Guyane française, ou encore Sanité Belair, Défilé ou Claire Heureuse à Haïti, souvent éclipsées dans les récits par leurs compagnons, mais de plus en plus reconnues.

Voilà.

Plutôt que de penser à Napoléon, je préfère penser à Solitude et toutes celles et ceux que Napoléon a remis dans les chaînes ignobles de l’esclavage qu’il a rétabli.